MIA
Modeselektor
- Happy Birthday!
MIA - Kala

Moi, je ne crois plus aux albums, aux compositions originales, ni même au droit d’auteur, et ce depuis que la musique a perdu toute valeur économique – foutant par la même occasion les jetons aux gouvernements de droite, qui ne trouvent toujours pas solution à la crise traversée par l’industrie musicale, pour qui peer2peer signifie attentat, et sampler, l’infini à portée de terroriste. Faut dire que la propriété intellectuelle, ça plaisait à beaucoup de monde : on peut asseoir un business model dessus et même fournir une excuse aux artistes pour se faire de la maille avec un bien non marchand. Seulement la démocratisation du son l’a emporté, tout le monde peut désormais télécharger gratuitement, et tout aussi bien écrire de la musique grâce à l’échantillonnage, à commencer par cet extérieur qu’ont toujours méprisé les majors, jusqu’à le faire jouer au caniche à la Star’Ac. La musique gratuite, c’est très bien : détachée de sa valeur monétaire, on va enfin pouvoir entendre la vraie musique du monde et assister au spectacle, au vrai, du clash des civilisations. Là, maintenant, deux disques (Kala, Happy Birthday!) pour jouer à pile ou face, essuyer les vyniles, envoyer la boucle et débiter leurs flots violents de propos terroristes. Honneur aux femmes.

M.I.A. incarne, pour moi, le vrai visage du monde, tel que perçu par l’occident : une menace, un extérieur, qui n’a ni droit de séjour sur le sol américain, ni possibilité d’occupation des ondes radio. Alors, ça viole les frontières d’une culture pop (ces clins d’oeils aux Clash, Modern Lovers & Pixies), s’infiltre entre les lignes des blogs, hype machine et myspace, pour mieux séduire son monde sur quelque basse ronde comme une paire de nichons bien galbés (Bamboo Banger), et reprendre le pouvoir grâce à -messieurs, vous l’avouerez avec moi- une allure et voix dominatrice. Tout ça me fait très envie, je tente une approche et M.I.A. me prend même la main, mais pour m’envoyer en fait valser très loin, quelque part au milieu de tambours africains (Bird Flu), scores bollywoodiens (Jimmy) et hip hop du pauvre sur un didgeridoo babos des plus insupportables (Mango Pickle Down River), alors je la laisse faire sa snob et repartir tranquillement booty shaker sur des sons rave taillés à la perceuse ($20, Down River) et club dopés aux rythmes de Baltimore (XR2). Le caleçon humide, son mouvement de hanches parvient néanmoins à me faire oublier qu’elle chante politique, m’interrogeant même sur tout autre chose -qui d’elle ou de ce Paper Planes, agrégation de guitares stridentes, cliquetis de revolver et ruissellements de cash machine, est finalement mieux gaulée ? A la voir s’approcher du maquereau Timbaland et répondre à l’appel de son amer Come Around, j’ai le vomi au bord des lèvres -j’allais faire une déclaration d’amour à une pute.

Ayant peine à me consoler sur le Silikon (ft. Sasha Pereyra) des Modeselektor extrait de leur précédent LP – qui me rappelle trop M.I.A. vous comprenez – j’appréhende Happy Birthday! un peu de la même façon, c'est-à-dire comme une prostituée armée d’une cagoule et d’un fusil pour séduire son b-boy proxénète, qui s’imagine tristement terroriste. Et, partant de ce peu d’enthousiasme, je trouve absolument jouissif de constater combien Modeselektor ose rompre avec ce hip hop prétendument dissident, dans le ridicule décomplexé de ses références à Scooter, au point de ne plus se montrer intéressé que par les 90’s, dans ce qu’elles avaient même de plus dégueu à proposer (sirènes pompières, slogans fédérateurs, pilonnage massif des tympans à coups de rythmes trance). Au fond, l’image que me renvoient The First Rebirth ou Hyper Hyper ne vole pas plus haut que celle du hippie foncedé levant son doigt au capitalisme sauvage sur la pochette du second Prodigy, mais voilà, je me surprends à bouger encore dessus en 2000007, la faute à un amour du recyclage d’échantillons old school (The White Flash) qui les voit déflagrer des mélodies cheesy au grand renfort de distorsions et comprimés d’exsta (uniforme Black Block), jusqu’à cogner sur le cerveau plus violemment encore qu’un coup de matraque. La vraie Terreur, elle est là : une pulvérisation radicale et brutale du conduit auditif au détonateur. A vous d’honorer leur engagement : n’achetez pas cet album, téléchargez-le.